Skateboard

Les Jeux olympiques s’invitent dans la culture du skateboard

Montréal, 23 novembre 2016 – Il n’est pas rare de voir des gens se promener avec une planche qui dépasse du sac à dos, à la recherche d’un prochain défi. Le skateboard n’est pas seulement un sport, mais un mode de vie. C’est pourquoi il serait plus juste de dire que les Jeux olympiques tentent une entrée dans la culture du skateboard que l’inverse.

Depuis que le skateboard a été annoncé comme l’un des cinq nouveaux sports qui seront présentés aux Jeux olympiques de Tokyo, en 2020, un débat est né dans le milieu.

« C’est très controversé parce que le skate est vraiment une culture marginale et les Jeux olympiques ne sont pas nécessairement la chose la plus cool dans notre culture », explique JS Lapierre, gagnant du Empire Am Getting Paid 2015 et troisième à la Kimberley Diamond Cup (Championnat du monde).

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JS Lapierre en action (Photo : Nathan Em)

Pour sa part, le skateur québécois tentera de se qualifier pour le grand rendez-vous international de 2020. « Si ça peut m’aider à continuer de vivre ma passion, j’espère y aller. Je ne veux rien faire d’autre que du skateboard dans la vie. Tant que j’ai du plaisir, c’est ça l’important! » confie l’athlète originaire du petit village de Notre-Dame-de-Stanbridge, en Estrie.

Il espère également que l’arrivée du sport aux Jeux olympiques permettra au grand public de démystifier cette discipline.

« Je pense que le skate a toujours été quelque chose d’un peu mal vu aux yeux du public en général. Aujourd’hui, c’est un petit mieux, mais il y a 10 ans, c’était mal vu par les parents de se tenir au skatepark»

La vie du jeune homme a changé grâce au skateboard alors qu’il s’entraînait au skatepark de Farnham, le plus proche de sa ville natale.

« C’est la meilleure chose qui m’est arrivée! Si les Jeux olympiques peuvent présenter le skate comme un sport qui est bon pour la paix d’esprit et qui peut être une passion, ce serait bon. Ça peut être cool si c’est mieux vu à l’extérieur de la communauté du skate », précise le Québécois.

Samuel Boyer travaille au TAZ, le plus gros site de skateboard intérieur de l’île de Montréal. Il entend souvent parler de l’entrée de ce sport de rue aux Jeux olympiques.

« En général, les jeunes sont contents de la nouvelle. Ils aiment les compétitions comme les X Games et celles du circuit Street League. Les Jeux olympiques risquent d’être une compétition de ce type, alors ils ont hâte », indique-t-il.

La construction d’une structure

Actuellement, le skateboard est un sport qui relève presque uniquement des commanditaires. Les compétitions sont organisées par les différentes compagnies de l’industrie. Les athlètes ne représentent donc pas leur nation, mais leurs commanditaires.

Deux fédérations internationales gèrent actuellement la discipline, la Fédération internationale de skateboard et la Fédération internationale de roller sports. Les deux organisations ont fait front commun pour permettre à leur sport de percer le programme olympique.

Au Canada, aucune structure n’est en place pour le moment. Aux dires de certains athlètes, une fédération serait en train de voir le jour, mais rien d’officiel n’a encore été annoncé.

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Un mouvement de contre-culture

Les gens qui considèrent le skateboard comme un mode de vie et une pratique marginale, souvent ceux qui roulent depuis plus longtemps, ne sont pas enchantés par l’arrivée de leur passion dans le grand monde de l’Olympisme.

Deux des fondateurs de l’Association Skateboard Montréal, Jean-Yves Ginchereau et Yann Fily-Paré, croient cependant que l’esprit indépendant du skateboard n’est pas menacé par la commercialisation du sport, au contraire.

« Je pense que le milieu underground n’a jamais aussi bien été qu’en ce moment dans le monde grâce à ceux qui essaient d’extirper le skateboard de sa culture de base. Même si le sport devient populaire et commercial, il y en a toujours qui répondront en faisant le contraire de ce qui est populaire », explique Ginchereau.

Certains considèrent le skateboard comme un art plus qu’une discipline sportive. Même si les Jeux olympiques attirent seulement le milieu compétitif, Yann Fily-Paré croit qu’ils auront un impact sur toute la culture.

« Il va probablement y avoir plus de skateparks, plus de financement et plus de compagnies vont s’y intéresser. C’est sûr que ça va changer le sport en général. Il y a plusieurs types de personnes. Il y en a à qui ça plaît beaucoup, d’autres moins, et il y a les indifférents, ceux qui veulent juste faire du skateboard! »

La place des femmes

Pas facile de faire sa place dans le milieu du skateboard en étant une femme. La Québécoise Paige Krämer Rochefort en sait quelque chose.

« C’est rare d’avoir une catégorie pour femmes dans la majorité des compétitions de skateboard au Québec et au Canada. Et même quand il y en a une, les filles doivent souvent s’organiser entre elles en utilisant les médias sociaux pour s’assurer d’avoir assez de participantes », soutient la skateuse qui a commencé à pratiquer son sport dans les années 80.

L’aspect financier est également un gros problème pour les athlètes de la gent féminine.

« Quand un homme gagne 10 000 $ à une seule compétition, ça lui permet de se concentrer à temps plein sur le skateboard. Chez les femmes, à cette même compétition, on gagne plutôt 1000 $. C’est donc impossible de ne pas avoir d’emploi à temps plein et de poursuivre son rêve », déplore Krämer Rochefort.

Elle croit que le problème devra être soulevé si le pays souhaite avoir des Canadiennes à des événements majeurs comme les Jeux olympiques.

La résidente de Montréal est cependant fière de l’entraide bien présente dans la communauté féminine. « Récemment, j’ai remarqué une augmentation du nombre de filles qui pratiquent le sport. Ce n’est pas évident quand tu es une fille de te présenter dans un skatepark dominé par les garçons. »

Des groupes appelés Les Vagabondes ou les Skirtboarders ont notamment été créés pour permettre aux filles de tous âges de pratiquer leur passion entre elles. Plusieurs événements d’initiation sont aussi organisés.

« Ça me fait sourire de voir de jeunes filles passionnées commencer notre sport. »

Le skateboard aux Jeux olympiques

Lieu

La compétition aura lieu en milieu urbain pour ne pas dénaturer l’essence du sport. De grosses structures seront installées en ville pour permettre la tenue des différentes épreuves de street et de skatepark.

Format

L’événement se déroulerait sur deux jours et serait très inclusif. Le comité organisateur aimerait inviter les gens à essayer le sport entre les compétitions. Il a aussi été discuté d’inclure cette discipline au début des Jeux pour attirer les jeunes.

Système de notation

Les skateurs seront évalués selon un système de point. À la manière du surf des neiges slopestyle, ils présenteraient plusieurs tentatives et leur meilleure note leur permettrait d’atteindre les tours suivants.

Quelques grands noms québécois du skateboard

JS Lapierre : Gagnant du Empire Am Getting Paid 2015, une compétition québécoise, et participant aux Championnats du monde de skateboard 2015 en Afrique du Sud.

Antoine Asselin : Il a remporté le Empire Am Getting Paid 2004 et 2008.

Pierre-Luc Gagnon : Surnommé PLG, il a remporté 21 médailles aux X Games.

Annie Guglia: Elle est membre des Skirtboarders depuis 2002 et est connue sur la scène internationale. Elle a notamment participé au Jakaloppe, une compétition internationale qui a lieu à Montréal.

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